Comment évaluer une entreprise au Canada? 

En bref, évaluer une entreprise consiste à déterminer, à une date précise, la valeur d’actions, d’actifs ou d’un autre intérêt pour une utilisation définie. L’analyse repose généralement sur trois grandes approches: le revenu, le marché et les actifs. La méthode appropriée dépend du modèle d’affaires, de l’information disponible, des perspectives, des risques et de la question de valeur à résoudre. 

Il ne suffit donc pas d’appliquer un multiple au BAIIA ou au chiffre d’affaires. Une conclusion crédible doit reposer sur des hypothèses défendables, des données pertinentes et un raisonnement cohérent avec la situation analysée. Au Canada, les normes d’exercice de l’Institut des CBV en vigueur depuis le 1er janvier 2026 prévoient notamment qu’une conclusion indépendante soit crédible et dûment étayée par une portée de travail appropriée.

Si vous devez établir une valeur pour une décision réelle, la première étape est de définir clairement la question et l’utilisation prévue de la conclusion.

À retenir 

  • Une évaluation répond à une question précise: ce qui est évalué, à quelle date, pour quel usage et selon quelle notion de valeur.

  • Les trois grandes approches sont l’approche par le revenu, l’approche par le marché et l’approche fondée sur les actifs ou le coût.

  • Une méthode n’est pas choisie parce qu’elle produit le résultat souhaité; elle doit être pertinente pour les caractéristiques économiques de l’entreprise et les données disponibles.

  • Lorsque plusieurs indications existent, leur pertinence relative doit être analysée et expliquée; le jugement professionnel demeure central.

Que faut-il déterminer avant d’évaluer une entreprise? 

Avant de choisir une méthode, il faut d’abord définir précisément la question de valeur. Une même entreprise peut donner lieu à des questions différentes selon l’intérêt évalué, la date pertinente, l’utilisation prévue et les personnes qui utiliseront la conclusion.

  • Ce qui est évalué: l’entreprise, certains actifs, 100 % des actions ou une participation particulière.

  • La date d’évaluation: la conclusion porte sur une date précise et sur l’information pertinente à cette date.

  • L’utilisation prévue: acquisition, financement, réorganisation fiscale, litige, relève, information financière ou autre décision.

  • Les utilisateurs de la conclusion: propriétaire, acheteur, prêteur, avocat, fiscaliste, auditeur, tribunal ou autre partie. 

  • La définition de valeur pertinente: elle doit être cohérente avec le contexte et la question posée.

Ces distinctions sont importantes. Évaluer 100 % des actions d’une société n’est pas nécessairement la même question qu’évaluer une participation minoritaire. De même, une évaluation préparée dans le contexte d’une acquisition peut demander une analyse différente de celle réalisée pour un financement ou un conflit entre actionnaires.

Il faut ensuite comprendre suffisamment l’entreprise : ses activités, ses résultats historiques, ses perspectives, sa situation financière, son secteur et les risques susceptibles d’influencer les avantages économiques futurs. La méthode vient après cette compréhension, et non l’inverse.

Quelles sont les trois principales méthodes d’évaluation d’une entreprise?

Les méthodes utilisées pour évaluer une entreprise appartiennent généralement à trois grandes familles. Chacune observe la valeur sous un angle différent et chacune a ses limites.

1. L’approche par le revenu 

L’approche par le revenu relie la valeur aux avantages économiques que l’entreprise devrait générer. Pour une entreprise mature dont les résultats sont relativement stabilisés, une méthode de capitalisation peut convertir un flux maintenable en indication de valeur. Lorsque les flux, les marges, les investissements ou les besoins en fonds de roulement devraient évoluer sensiblement, une méthode d’actualisation des flux de trésorerie peut être plus représentative.

Cette approche suppose notamment de comprendre ce qui constitue un résultat économique maintenable et comment le risque est reflété dans le taux retenu. La normalisation du BAIIA et des résultats est développée séparément dans l’article

« BAIIA normalisé : comment le calculer pour une évaluation d’entreprise? ». 

2. L’approche par le marché 

L’approche par le marché compare l’entreprise à des sociétés ou à des transactions jugées suffisamment comparables. Elle peut notamment utiliser des multiples de revenus, de BAIIA ou de bénéfice.

Un multiple n’est pertinent que si la mesure financière est définie de façon cohérente et si les différences de taille, de croissance, de risque, de qualité des bénéfices et de contexte sont comprises. Pour les entreprises privées, l’analyse peut être particulièrement délicate: le prix annoncé d’une transaction ne révèle pas toujours la structure du paiement, les synergies de l’acheteur, la dette assumée ou le fonds de roulement livré. L’article « Multiples d’évaluation des PME au Canada » approfondit cette question.

3. L’approche fondée sur les actifs 

L’approche fondée sur les actifs cherche à déterminer la valeur des actifs de l’entreprise, moins ses passifs, après les ajustements appropriés. Elle peut être particulièrement pertinente pour une société de portefeuille, une entreprise immobilière, une entreprise à forte intensité d’actifs ou une société dont la rentabilité ne reflète pas adéquatement la valeur des actifs détenus. 

Elle peut toutefois être moins représentative lorsque la valeur repose surtout sur une clientèle, une marque, une technologie, des processus ou une capacité bénéficiaire qui n’apparaît pas pleinement au bilan. L’article sur l’actif net réévalué explique plus en détail les ajustements et les situations où cette approche devient centrale. 

Quelle méthode d’évaluation choisir? 

Il n’existe pas de méthode universellement supérieure. Le choix dépend notamment du modèle d’affaires, de la qualité de l’information disponible, des actifs détenus, des perspectives, des risques et de l’utilisation prévue de l’évaluation.

Selon la situation, une méthode peut être privilégiée parce qu’elle représente mieux l’économie de l’entreprise. Dans d’autres cas, plusieurs approches peuvent fournir des indications utiles et se corroborer. La sélection des méthodes ne devrait donc pas commencer par la question

« laquelle donne la meilleure valeur? », mais par « laquelle représente le mieux les faits que nous devons analyser? ». 

Exemple : trois méthodes appliquées à une PME canadienne 

Prenons une entreprise de services affichant un BAIIA comptable de 425 000 $. Après analyse, une rémunération excédentaire de 60 000 $ et une dépense non récurrente de 15 000 $ sont ajoutées, donnant un BAIIA normalisé de 500 000 $. L’analyse des impôts, des investissements de maintien et du fonds de roulement conduit également, dans cet exemple, à un flux de trésorerie maintenable de 360 000 $.

Les hypothèses ci-dessous sont strictement illustratives. Le taux de 20 % et le multiple de 4,0 ne constituent ni des références de marché ni des paramètres recommandés pour une entreprise réelle.

Méthode Hypothèse illustrative Indication de valeur d’entreprise
Revenu 360 000 $ ÷ 20 % 1 800 000 $
Marché 500 000 $ × 4,0 2 000 000 $
Actifs 2,2 M$ d’actifs ajustés − 900 000 $ de passifs 1 300 000 $

Ces indications n’ont pas toutes la même signification. Si l’entreprise possède relativement peu d’actifs tangibles et tire principalement sa valeur de sa capacité bénéficiaire, l’indication issue des actifs pourrait être moins représentative de l’exploitation en continuité. L’écart entre les indications fondées sur le revenu et le marché devrait ensuite être analysé à la lumière de la qualité des comparables, des risques propres à l’entreprise et de la sensibilité des hypothèses.

L’exemple produit des indications de valeur d’entreprise. Le passage à la valeur des actions peut encore nécessiter des ajustements pour la dette, l’encaisse excédentaire et d’autres éléments pertinents. Ce pont est traité séparément dans l’article consacré à la valeur d’entreprise et à la valeur des actions.

Comment rapprocher plusieurs indications de valeur? 

Lorsque plusieurs méthodes produisent des indications différentes, l’analyse ne consiste pas nécessairement à leur attribuer automatiquement le même poids. Il faut comprendre ce que chaque approche mesure, la qualité des données disponibles, sa pertinence pour l’entreprise évaluée et les raisons qui expliquent les écarts.

Selon les circonstances, une méthode peut être plus représentative qu’une autre, plusieurs indications peuvent se corroborer, ou certaines peuvent surtout servir de test de vraisemblance. Le poids accordé à chaque indication relève du jugement professionnel et dépend des faits du mandat.

Pourquoi le jugement professionnel est-il essentiel?

Les calculs sont nécessaires, mais ils ne choisissent pas les hypothèses et n’interprètent pas les faits. Le jugement professionnel intervient notamment lorsqu’il faut déterminer quels résultats historiques représentent la capacité bénéficiaire future, apprécier la fiabilité de projections, sélectionner les méthodes pertinentes, interpréter les données de marché et comprendre le risque propre à l’entreprise. 

Il intervient également lorsqu’une donnée semble objective mais repose sur une définition différente. Un multiple de marché peut être exact dans sa source et néanmoins peu pertinent pour l’entreprise évaluée. De même, une prévision préparée par la direction peut être arithmétiquement cohérente sans être suffisamment étayée pour le rôle qu’on veut lui faire jouer. 

Le jugement ne remplace pas la preuve. Il sert plutôt à déterminer quelle information est pertinente, comment elle doit être corroborée et quelle importance lui accorder. Une hypothèse ne devient pas fiable parce qu’elle figure dans un modèle sophistiqué ou provient d’un outil automatisé. 

Un cas ZEN anonymisé 

Dans un mandat réalisé pour une PME canadienne de services techniques, l’analyse a notamment porté sur la rémunération de la direction, les frais d’occupation, le fonds de roulement et les investissements de maintien. Dans les circonstances de ce mandat, l’approche par le revenu a indiqué une valeur d’entreprise arrondie d’environ 0,9 M$, corroborée par une analyse des actifs. 

Après déduction de la dette portant intérêt et d’autres passifs hors exploitation, puis ajout du fonds de roulement excédentaire, la valeur des actions se situait autour de 0,6 M$. Les montants sont arrondis et le client n’est pas identifié. Cet exemple illustre un traitement retenu dans des circonstances particulières; il ne constitue ni une méthode obligatoire ni un programme de travail applicable à d’autres évaluations. 

La valeur d’une entreprise correspond-elle à son prix de vente? 

Pas nécessairement. Une conclusion de valeur et le prix finalement négocié répondent à des questions différentes. 

Le prix d’une transaction peut être influencé par la structure du paiement, le financement, les synergies propres à un acheteur, la concurrence entre acheteurs, les modalités de clôture, le fonds de roulement livré et les résultats de la vérification diligente. Une évaluation peut donc fournir une référence pour analyser ou négocier une transaction sans prédire exactement le prix auquel elle sera conclue. Valuation experts determine value. Price is negotiated.

Pour une analyse centrée sur une acquisition, l’article « Évaluer une entreprise avant de l’acheter : pourquoi le prix demandé n’est pas la valeur » approfondit cette distinction. 

Faire évaluer une entreprise avec une portée adaptée 

Évaluer une entreprise au Canada ne consiste pas simplement à choisir un multiple et à l’appliquer à un chiffre financier. Il faut d’abord déterminer ce qui est évalué, à quelle date et pour quelle utilisation, comprendre les caractéristiques économiques de l’entreprise, analyser l’information disponible, sélectionner les méthodes pertinentes et expliquer comment les différentes indications soutiennent la conclusion. 

Chez ZENVALUATIONS, la portée d’une évaluation est adaptée à la situation et à l’utilisation prévue plutôt qu’à un processus uniforme. La complexité de l’entreprise, la qualité de l’information, les utilisateurs de la conclusion, les risques et les méthodes susceptibles d’être pertinentes peuvent notamment influencer la profondeur du travail nécessaire. 

À consulter aussi 

  • Évaluation d’entreprise — notre approche et les situations couvertes 

  • BAIIA normalisé — comment le calculer pour une évaluation d’entreprise? 

  • Multiples d’évaluation des PME au Canada — comment les interpréter sans se tromper 

  • Actif net réévalué — quand cette méthode d’évaluation est-elle pertinente? 

  • Valeur d’entreprise vs valeur des actions — pourquoi le prix affiché n’est pas le montant reçu 

  • Pourquoi deux évaluations sérieuses peuvent-elles aboutir à des valeurs différentes? 

  • Évaluer une entreprise avant de l’acheter — pourquoi le prix demandé n’est pas la valeur 

  • Calculateur de valeur d’entreprise — obtenir une première indication exploratoire 

Vous devez déterminer la valeur d’une entreprise? 

Discuter de votre situation avec ZENVALUATIONS afin de définir la portée appropriée, comprendre les informations nécessaires et obtenir une proposition claire. 

Une discussion initiale permet de clarifier la décision à soutenir et le niveau de travail approprié avant de lancer le mandat. 

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